Nos identités ne sont pas une blague.

Ces derniers temps, une image « humoristique » qu’on pourrait qualifier de « meme » circule sur internet et fait se marrer des milliers de personnes, y compris des personnes que je connais bien. Cette image est la suivante :

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Par. Où. Commencer.

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Avant que vous hurliez tou.te.s « MAIS C’EST DE L’HUMOUR VOYONS, UN PEU D’AUTO-DÉRISION », on va mettre les choses au clair. Je vais le répéter de manière prétentieuse mais : j’ai de l’humour. Beaucoup. L’auto-dérision c’est ma passion. Demandez à quiconque autour de vous, j’ai pas de mal à rigoler de moi-même sur les choses dérisoires de ma personnalité, sur mon physique et sur mes privilèges.

Sauf que voilà, mon militantisme, ce n’est pas une part de moi que je trouve ridicule ou sujette à blaguer. C’est même tout ce qu’il y a de plus sérieux. C’est le combat de ma vie, le truc dans lequel je donne le plus d’énergie, au quotidien. C’est-à-dire que j’en ai fait mes études quand même.

Cette image critique donc certain.e.s militant.e.s LGBT+/anar/gauchos (qu’on reconnaît ici à cette coupe (iroquoise ?) teinte et les lunettes (???), ce t-shirt noir, la petite broche arc-en-ciel (couleur du drapeau homosexuel mais plus ou moins globalisé à toute la communauté LGBT+, rappel), et bien sûr, le discours utilisant des termes tirés du vocabulaire intersectionnel et anti-oppression des militant.e.s du net). On va commencer par ce dernier point.

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I) Le vocabulaire militant

Ignorant, ne sois pas stupide, il y a plus de 120 genres sexuels y compris non-binaires, les gens comme toi sont rétrogrades et intolérants, je ne veux plus jouer avec un sale homophobe blanc privilégié. C’est du harcèlement sexuel !

Commençons par définir et contextualiser certains termes employés ici. Bah ouais, tant qu’on y est, on va essayer d’apprendre deux trois trucs. J’vais donc vous donner la définition militante ici, ce qu’on entend quand on utilise ces termes dans une contexte de lutte.

  • Genre : On parle de genre en opposition au sexe. On va rudimentairement dire qu’il existe 3 sexes : femmes, hommes et intersexes (les personnes concernées par cette dernière « catégorie » possèdent des caractéristiques sexuelles qui ne permettent pas de les mettre dans la « case » femme ou homme). Le genre, ça va plutôt être un ressenti intérieur, un sentiment d’appartenance ou de non-appartenance à une « catégorie sociale », existante ou non. C’est une réalité floue extrêmement difficile à définir sociologiquement parce qu’elle ne s’explique pas forcément rationnellement, ni de la même manière pour tout le monde. Ni totalement sociale, ni totalement biologique. Quoiqu’il en soit, sexe et genre sont deux choses DIFFÉRENTES qui peuvent être liées mais peuvent aussi ne pas l’être. S’il existe « trois sexes », il existe en revanche une multitude de genre (je vous recommande très vivement de vous renseigner avec ce lien non-exhaustif qui répertorie des genres existants). Les plus connus sont « femme » et « homme », ce sont les genres dits « binaires ». Autres précisions :
    • Cisgenre : une personne cisgenre est quelqu’un dont le genre correspond à celui qu’on lui a assigné à la naissance (le genre étant arbitrairement donné en fonction du sexe). Le préfixe latin « cis- » est l’inverse du préfixe « trans- » et signifie « du même côté ». (Le mot est récent, mais n’allons pas croire qu’il est inutile. Tout comme « hétérosexuel.le » (arrivé après « homosexuel.le »), il permet de poser un mot sur une identité de genre, et on évite ainsi les maladresses du style « y a les personnes transgenres, et les personnes normales : non.)
    • Transgenre : une personne transgenre est donc une personne dont le genre diffère de celui qu’on lui a assigné à la naissance. Un homme à qui l’on a assigné le genre « femme » (en fonction de ses parties génitales généralement) à la naissance, par exemple, c’est un homme transgenre. On dit parfois des femmes et des hommes trans que ce sont des trans « binaires ». (C’est un terme controversé parce que par définition une personne trans traverse le genre et expérimente le genre d’une manière bien plus complexe que n’importe quel.le cis). Mais cela me permet d’en venir à une autre définition :
  • Non-binaire : Une personne non-binaire (ou NB) est donc une personne dont le genre ne correspond pas à « homme » ou « femme ». Si vous avez ouvert le lien communiqué juste au-dessus, vous avez pu voir que le panel est large. Les deux, aucun des deux, autre chose, rien du tout, fluide, etc. PRÉCISION IMPORTANTE : ce n’est pas parce que vous ne comprenez pas que vous devez vous moquer des personnes non-binaires avec des réflexions du type « t’es ni un homme ni une femme ? mais du coup t’es une machine à laver ? une licorne ? ahah lol« . On ne vous demande pas de comprendre. Respecter l’identité de genre de quelqu’un c’est ESSENTIEL et VITAL et surtout, ça ne vous coûte littéralement rien ni aucun changement dans votre vie.
    • Aussi, merci de respecter les pronoms choisis par quelqu’un. Pareil, ça ne vous demande rien, qu’une légère adaptation. Tu peux le faire.

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  • Privilège : La première personne à parler de « privilège » dans un contexte de domination sociale c’est Simone de Beauvoir (juste pour vous faire remarquer que c’est pas une lubie récente ou un truc inventé par les « feminazguls » pour vous embêter). On est en possession de privilèges lorsque l’on fait partie d’une catégorie sociale dominante de la société (les hommes, les blanc.he.s, les cisgenres, les hétérosexuel.le.s, les riches, les valides (= les non-handicapé.e.s), etc…). J’ai fait il y a longtemps une vidéo sur ce sujet.

 

  • Harcèlement sexuel : Il y a récemment eu sur Twitter et sur les réseaux sociaux, une libération de la paroles des femmes cisgenres, mais aussi de personnes trans et NB, sur les agressions et le harcèlement subi.e.s au travail mais aussi au quotidien et tout le long de leur vie. En sont nés les hashtags #balancetonporc (sur lequel sont racontées les différentes agressions/situations de harcèlement) et #MeToo (plus sobre, posté sans forcément de détails, juste pour dire que l’on a été victime aussi). Autant vous dire que c’est pas très drôle parce qu’une très très grande proportion de femmes sur les réseaux sociaux ont utilisé ce hashtag et que la très très grande majorité des agressions avaient été commises par… des hommes cisgenres (et, OUI, le préciser est important, parce que ce n’est pas un hasard, le nier serait naïf voire carrément suspect).

Ok donc on a déjà posé de très bonnes bases là. Je sais pas ce que vous en pensez, mais j’trouve pas grand chose de ridicule ou de rigolo dans tout ça. Oui, nier l’identité de quelqu’un, C’EST rétrograde, et C’EST intolérant. Oui, parfois on s’énerve contre vous et on invoque votre caractère privilégié parce que vous êtes aveuglé.e.s par une position dominante qui vous fait croire qu’on gueule pour rien alors que nos luttes sont vitales. Par contre, ça n’a rien à voir avec le harcèlement sexuel, ni avec l’homophobie (puisqu’il est question ici de l’identité de genre, pas de l’orientation sexuelle), et c’est là que ce meme est aussi dangereux parce qu’il décrédibilise nos paroles non seulement en les tournant en ridicule, mais en plus en les utilisant ultra mal. Tout comme dire « genres sexuels », ce qui, si vous avez suivi, n’a absolument aucun sens. Et ça nous fait passer pour des capricieux.ses, pour des « hystériques » en mal d’attention.

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Ces termes ne sont pas utilisés pour embêter, pour provoquer, pour se démarquer. Ces termes ont du sens, une portée, une origine. Ils sont créés, comme tout mot, pour poser un terme sur une réalité et parfois donc sur une identité.

Et là, j’entends vos cris OUTRÉS poindre à l’horizon… « MAIS POURQUOI SE RANGER DANS UNE CASE ? POURQUOI NOUS DIVISER QUAND NOUS NE SOMMES TOU.TE.S QU’HUMAIN.E.S AU FINAL ? Pourquoi vous démarquer encore plus ? » et cætera, et cætera.

 

II) « Se coller une étiquette »

Pour beaucoup de personnes dont l’identité de genre ou l’orientation sexuelle n’a pas été un long questionnement ni une source de souffrance, se « coller des étiquettes » semble absurde. Pourquoi ? Well, la réponse vient de vous être donnée. Parce que ce sont des « personnes dont l’identité de genre ou l’orientation sexuelle n’a pas été un long questionnement ni une source de souffrance« . Ce sarcasme a tout de très sérieux.

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C’est simple de dire que la multiplication des dénominations est néfaste quand la dénomination qui s’applique à vous est celle qui correspond à la « norme » et à la majorité sociale. Prenons l’exemple de l’orientation sexuelle. Vous n’avez jamais eu besoin de vous définir en tant qu’hétérosexuel.le ou de le revendiquer, par exemple, parce que la société nous définit, de base, comme hétérosexuel.le (suffit de jeter un oeil aux pubs, aux films et d’une manière générale à toute représentation du couple dans la culture populaire). Sauf qu’on est nombreux.ses à ne pas se reconnaître dans cette hétérosexualité « par défaut ». Et au moment de la découverte de notre sexualité non-hétéro, et bien on a été content.e.s (c’est un euphémisme, y en a à qui ça sauve littéralement la vie) de pouvoir trouver des termes à poser sur ce qu’on était. Déjà parce que ça fait du bien de savoir que l’on n’est pas seul.e.s, mais aussi parce qu’une identité ça passe aussi par des mots, des explications à donner aux autres. Personnellement, quand je me suis dit que finalement y avait pas que les garçons qui m’attiraient, bah j’étais bien heureuse de connaitre l’existence de la bisexualité à ce moment-là, parce que je me suis pas dit que j’étais « bizarre » ou qu’il fallait que je choisisse, même si je ne connaissais aucun.e bisexuel.le autour de moi. Alors imaginez un peu, pour quelqu’un dont l’identité de genre est ultra complexe et difficile à appréhender, comme c’est libérateur de trouver un mot à poser dessus ! Et une étiquette est une ressource à disposition. Il FAUT que ça existe, il faut des mots de plus en plus précis, de plus en plus variés, parce qu’il faut que tout le monde puisse se reconnaître s’il en a besoin.

Morale : Si vous êtes queer, vous êtes libres de vous définir comme vous le souhaitez, et il n’y a que vous qui puissiez vous définir. Vous vous DEVEZ de respecter la manière dont se définit quelqu’un, parce qu’on parle de son identité. Enfin, si vous êtes non-hétéro/non-cisgenre et que vous ne souhaitez pas vous définir, c’est légitime, c’est valable, et personne n’a le droit d’y redire quoique ce soit. ♥

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Petite précision sur l’argument que j’entends souvent : « Mais on est tou.te.s humain.e.s avant tout, ça sert à rien de faire des différences« , ça aussi, c’est pas valable DU TOUT (surtout quand on est en train de tenir un discours militant). Merci Sherlock, j’avais remarqué qu’on était de la même espèce, pas de souci. Et si tu « ne vois ni les couleurs ni les sexes », écoute, c’est super, mais permets-moi d’en douter. On nous apprend à les voir, on nous apprend à les identifier, à les associer à des caractéristiques précises, et surtout à en faire une hiérarchie. Votre bonne foi, vous savez quoi, j’irai jusqu’à dire que je la pense sincère, mais hé, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Non, aujourd’hui, ce n’est pas la même chose d’être blanc.he que d’être noir.e. Non ce n’est pas la même chose d’être cisgenre que d’être transgenre, etc. Oui, on est tou.te.s humain.e.s, mais on n’est pour autant pas tou.te.s traité.e.s comme tel.le. Vouloir effacer nos identités sous prétexte d’une solidarité universelle, c’est beau sur le papier, mais dans les faits, c’est effacer les revendications et les souffrances liées à ce que nous sommes. Et c’est plus néfaste qu’autre chose.

 

III) Les conséquences de votre « humour »

JE VOUS LE DIS TOUT DE SUITE : je ne rentrerai pas dans le débat « peut-on rire de tout ? » (réponse : non), ni dans l’explication de pourquoi l’humour militant n’a pas la même valeur que l’humour dirigé vers les minorités (un autre article est prévu, il mettra du temps à sortir parce que c’est sensible et que je suis pas encore prête émotionnellement à me prendre votre shitstorm). Non là je vais vous parler des conséquences que peut avoir un meme comme celui-ci, qui se fout ouvertement de la gueule de nos luttes en les caricaturant grossièrement.

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Ce meme, il a été partagé sur de grosses GROSSES pages mainstream, sur de gros sites où des milliers et des milliers d’internautes se rendent tous les jours, et autant vous dire que la majorité de ces gens sont au choix : LGBTphobes/pas sensibilisé.e.s du tout/très réticent.e.s au militantisme en général. CHOUETTE ! En voyant une image comme celle-là, je suis sûre que ça va leur donner envie de s’intéresser à nos luttes, hein. Vous voulez un exemple de quelque chose qui dessert VRAIMENT notre cause ? Cette image. La création d’un vocabulaire, la colère que l’on ressent, l’agressivité dans nos propos, c’est légitime, et c’est même compréhensible si on prend la peine deux minutes de se pencher sur nos luttes, c’est pas nous qui desservons notre cause (ça fait pas de mal de le rappeler). Mais cette image-là, elle supprime toute chance d’offrir ces deux minutes d’intérêt pour ce qu’on fait.

Au contraire, elle encourage tout le 15-18 et le 18-25 (je ne les différencie plus, ce sont tous des ados visiblement frustrés par on-ne-sait-toujours-pas-quoi) de JVC à s’acharner sur notre dos en nous insultant (ceci dit ils ont pas besoin d’encouragements mdr), elle encourage toute personne non concernée à entretenir une mauvaise image de nos luttes, elle encourage mes propres potes à me taguer en dessous pour dire « mdr c’est trop toi Louwizz » alors qu’il pourrait utiliser leur temps pour me demander pourquoi j’utilise ces termes tous les jours de l’année. Elle encourage toutes les prochaines personnes à qui je vais essayer d’expliquer mon combat à directement me tourner le dos à coup de « ah non mais tu dis « cisgenre » tu dois être une féminazi je préfère pas te parler ». Elle encourage les gens à se fermer à nos combats sociaux, combats qui durent depuis des années et des années, pour lesquels nos prédécesseur.e.s sont mort.e.s, et qui n’exigent de la société que des droits et une reconnaissance véritable.

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Et surtout,

elle entretient l’idée selon laquelle nos luttes sont inutiles et nos identités sont une vaste blague.

Nos luttes se battent pour aider tant bien que mal à rendre la vie de nos pair.e.s plus douce et vivable, les sortir de leurs familles maltraitantes, les pousser à s’assumer, les tirer de l’ombre, les faire se sentir légitimes.

Nos luttes se battent pour que de moins en moins d’entre nous ne meurent sous les coups de la haine et de la pression de l’hétéro et la cisnormativité.

Ca vous fait rire, vous ?

Nos identités ne sont pas une blague.

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Bisexuakecé ?

 

Salut à tou.te.s !

Hier, c’était la journée internationale de la bisexualité, un jour consacré à la visibilité des personnes bisexuelles afin de parler de manière libérée de cette orientation souvent mal comprise.

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Me in a nutshell.

C’est donc l’occasion pour moi de tenter de vous expliquer un peu ce qu’est la bisexualité, ce que ce n’est pas, les problèmes qu’on peut rencontrer en tant que personne bisexuelle, etc. C’EST PARTI, VIENS DONC DÉCOUVRIR CE MONDE MERVEILLEUX !

Être bisexuel.le, en vrai c’est quoi que c’est vraiment.

Parce que comme ça on pourrait croire que c’est simple à comprendre mais en fait, pas tout à fait. La définition qui englobe selon moi le mieux toutes les formes de bisexualités, c’est celle-ci :

La bisexualité, c’est être attiré.e sexuellement par les personnes de son genre et d’un autre genre.

La binarité du préfixe « bi » ne se trouve pas tant dans « les zoms et les fâmes », mais peut-être plus dans »les gens comme moi et les autres ».

J’sais pas si vous saisissez franchement la nuance. Pour la comprendre un minimum, il faut être familier.e avec la question de la transidentité et tout particulièrement les personnes non-binaires. J’vais essayer de pas m’épancher mais EN GROS, dans la vie y a :

  1. les femmes (cis ou trans)
  2. les hommes (cis ou trans)
  3. les personnes non-binaires : des personnes qui ne s’identifient ni comme des femmes ni comme des hommes mais qui se situent autre part sur le spectre du genre (entre les deux, les deux en même temps, ni l’un ni l’autre, nulle part, 80% femme/20% homme, un coup l’un un coup l’autre, etc, le spectre est vaste)

Bref, du coup, vous voyez où peut se situer le problème de penser qu’être bi c’est « être attiré.e par les deux » (c’est généralement comme ça que c’est présenté). Mais y a pas que deux genres, alors COMMENT ON FAIT ? (Et si vous pensez que les personnes NB (non-binaires) sont pas suffisamment nombreuses pour se poser cette question, sachez que certaines personnes (genre moi) sont amenées à fréquenter les milieux LGBT où les personnes NB sont plus visibles.)

Pour pallier ce problème, il existe un terme relativement récent et dont les gens n’ont pas forcément entendu parler : la pansexualité.

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Bisexualité et pansexualité, y a-t-il vraiment une différence ?

Enquête exclusive avec : moi.

Pourquoi continuer d’utiliser le terme « bisexuel.le » alors qu’il en existe un qui n’exclue personne ? Être pansexuel.le signifie que l’on est attiré.e sexuellement par une personne, indifféremment de son genre. (Encore une fois c’est une définition qui va rencontrer des nuances selon les gens hein.)

Pour autant, il y a des gens (moi par exemple), qui continuent à utiliser le terme « bisexuel.le », alors qu’elles ne rejettent absolument pas la non-binarité (j’vous aime mes bébés NB). Voici une vidéo réalisée par Margot de Vivre Avec qui répond partiellement à la question.

C’est toujours mieux quand c’est des personnes concerné.e.s qui en parlent, donc profitez-en. ♥

Plusieurs raisons peuvent être retenues :

  1. La « facilité » : les gens comprennent plus facilement le terme « bisexuel.le » et sont plus compréhensif.ve.s.
  2. Le premier terme rencontré : le jour où on a pu établir quelle était notre sexualité, généralement on est tombé.e.s sur le terme de bisexuel.le.s avant tout autre et comme on des gens sensibles, le sentimental joue, et on garde ce terme.
  3. Le genre COMPTE dans l’attirance : contrairement à la pansexualité, où l’attirance sexuelle ne va être que très peu voire pas influencée par le genre, être bi.e c’est inclure le genre dans les choses qui nous attirent chez la personne.
  4. Homme et femme sont les deux extrémités d’un spectre : sans mettre de côté les personnes intersexes (dont les caractéristiques sexuelles ne permettent pas d’établir clairement si elles sont « femelles » ou « mâles ») ni les personnes NB, on peut quand même imaginer qu’une personne se place sur un spectre qui comporte deux « fins » qui sont les deux plus généralement identifiés et donc que le préfixe « bi » sous entend tout le trajet d’un bout à l’autre de ce spectre. (C’est une vision matérialiste du genre en l’occurrence, vision sur laquelle je ne m’exprimerai pas mais qui est loin d’être partagée par tou.te.s, sachez-le.)

Bisexualité et pansexualité sont donc cousines et libre à chacun.e d’étudier ce qui lui convient le mieux et de choisir le terme qui lui correspond (ou de ne pas choisir de terme, parce qu’on n’est pas obligé.e.s de le faire, rappelons-le).

Bref, j’espère que vous êtes déjà un peu plus informé.e.s d’un point de vue définition, et que vous avez même appris des trucs.

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Moi quand je réussis à apprendre des trucs

NotaBene : je n’utiliserai donc que le terme de bisexualité pour la suite de cette article, mais dans la majorité des cas, les pans sont également concerné.e.s par ce que je vais raconter. No offense !

 

Biphobie, clichés et autres trucs pas cools qu’ils sont pas beaux.

J’vais maintenant essayer de vous parler des problèmes que l’on peut croiser sur sa route quand on est ouvertement bisexuel.le.

« Tu préfères les meufs ou les mecs ? »

Que je sois plus attiré.e par les filles ou par les garçons ne regarde que moi, déjà, et ensuite, quelque soit la réponse, ça ne rend pas illégitime le fait que si je me revendique « bie », c’est que : je le suis. Parce que NON MAIS OH j’suis quand même la mieux placée pour le savoir, non ?

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Tout est dit.

(Petite précision par rapport à cette image. L’idée n’est pas de dire que si vous avez déjà eu telle ou telle expérience avec tel ou tel genre, alors vous êtes bi.e.s. L’idée c’est qu’il n’y a que vous qui puissiez vous revendiquez bi même si vous n’avez expérimenté qu’une relation sexuelle avec un seule genre et inversement, si vous ne voulez pas vous revendiquer bi malgré des expériences multiples, ce n’est bien sûr et heureusement pas une obligation.)

« Mais du coup, t’es moitié hétéro moitié homo ? »

Je vous répondrai « mais du coup vous êtes à moitié hétéro et à moitié rien ? »

Ni l’un ni l’autre en fait. Être bi, c’est une orientation à part entière.

Ceci dit, les personnes bies sont parfois rejetées au sein de la communauté LGBT+ (et oui, le B, il est pour nous, remember ?), parce qu’on est un peu des traitre.sse.s vu qu’on est quand même un peu hétéro, hé. Mais non vraiment, être bi.e, ça n’est pas être hétéro.

Certes, si on est dans une relation hétérosexuelle, on est partiellement protégé.e.s aux yeux de la société. Mais il suffit d’assumer sa bisexualité pour rencontrer des problèmes propre à cette orientation.

C’est ce qu’on appelle la biphobie.

« J’pourrais pas sortir avec un.e bisexuel.le, j’aurais trop peur qu’iel me trompe avec une personne du sexe opposé. »

Infidèles, instables, libertin.e.s, indignes de confiance, je ne compte plus toutes les remarques que j’ai pu entendre à l’égard des bisexuel.le.s. Visiblement nous sommes une sorte de démon du mal prêt.e.s à pervertir tout être humain.

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Alors, mettons donc les points sur les « i ». Les personnes bisexuelles :

  • ne traversent pas une « phase » : quand bien même ce serait le cas (parce qu’une orientation sexuelle peut évoluer), ça reste réel au moment où c’est revendiqué.
  • ne sont pas « confus », « instables » : alors n’aimer qu’un seul genre fait des autres des gens stables ? Quel genre d’absurdité est-ce donc ? Être confus ou instable, c’est se poser des questions. Les bi.e.s ne se posent pas de question, iels sont bi.e.s. Par définition, iels ont trouvé la réponse à leur question.
  • ne doivent pas faire de choix :  si un.e bi.e finit sa vie avec un homme ou une femme, ça ne fera pas de lui un.e hétéro ou un.e homo, juste quelqu’un d’engagé dans une relation durable, ça ne fait pas subitement disparaître les potentielles attirances qui subsistent.
  • n’ont pas des besoins sexuels plus ou moins importants que les autres : ça, ça dépend juste PAS de l’orientation sexuelle, qui que l’on soit.

« T’es bi.e ? Impossible, t’es sorti.e qu’avec des mecs. » (et inversement)

Alors. Déjà, il faut nuancer orientation sexuelle et orientation romantique. Si elles vont de paire pour beaucoup de gens, ce n’est pas le cas de tout le monde. On peut être bisexuel.le et hétéro-romantique, par exemple. C’est-à-dire, tomber amoureux.se ou plutôt être capable d’entretenir des relations sentimentales avec des personnes du sexe opposé, mais être sexuellement attiré.e par d’autres genres.

Et comme suggéré précédemment, une personne bisexuelle qui n’a jamais couché avec des hommes, admettons, peut tout à fait légitimement être bisexuelle quand même. Nombreuses sont les personnes hétéros/homos qui ont su leur orientation sexuelle avant d’entamer des relations sexuelles avec les personnes qui les attiraient. Bon bah voilà, quand on est bi.e, c’est pareil !

 

Ma bisexualité à moi.

Si je me permets de parler de ce sujet c’est parce que, vous l’aurez surement compris si vous n’étiez pas au courant : je suis bisexuelle.

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Je l’assume assez ouvertement depuis un bon moment, et je suis à l’aise à l’idée d’en parler. Je n’ai jamais fait de « coming out », parce que je n’en ai tout simplement jamais ressenti le besoin.

Je choisis le terme de bisexuelle parce que je n’envisage pas du tout une relation de la même manière selon le genre de la personne que j’ai en face de moi. C’est la PRINCIPALE raison. Je ne me reconnais pas dans le terme de pan parce qu’il suggère une « invisibilisation » du genre de la personne dans l’attirance, et c’est pas mon cas.

Je suis encore assez influencée par mon éducation hétéro-normée, et j’ai tendance à être beaucoup plus timide/maladroite/ »omagadkesskisspass » avec les femmes parce que je manque d’expérience et j’ai beaucoup moins de modèles et donc de codes sociaux dans la pop culture, toi-même tu sais. Et aussi comme tout le monde part du principe que tout le monde est hétéro, c’est dur de savoir si une meuf veut sympathiser avec moi ou si c’est plus que ça, vous voyez. Et j’ai cru jusqu’à mes 17 ans environ être hétéro, donc ça a aussi joué.

Bref, si vous vous posez des questions sur le sujet, n’hésitez pas à me contacter (notamment sur twitter ou curiouscat (liens à la fin de l’article), je me ferai un plaisir de vous aider.

 

CONCLUSION

Comme à l’école.

Il y a pleeeein de façons d’être bisexuel.le, et toutes ces façons sont légitimes. Si quelqu’un vous dit qu’iel est bisexuel.le, alors c’est qu’iel l’est.

Voilà.

P.S. : Avoir une journée internationale, c’est super important, parce que c’est l’occasion rêvée pour attirer l’attention sur une orientation méconnue et prise à la légère. On peut relayer des infos, parler de nous, INFORMER QUOI. Sinon toute cette semaine c’était la semaine de la bisexualité, donc vous avez encore le week-end pour vous rattraper ;). (Je rigole bien sûr, vous avez tout le reste de l’année, faites pas les bolosses.)

 

BISOUS LES P’TITS LOUPS

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Dystolympiques #1 : autant de confettis que de poudre aux yeux

Les jeux de Rio ont débuté depuis maintenant presque deux jours. Déjà, l’encre coule et noie cette édition brésilienne, visiblement en dessous des attentes qu’elle suscitait.

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Outre la dimension politico-économique bien lourdingue, ce sont les stades et terrains non terminés et les problèmes de salubrité dans le village olympique qui font surtout parler d’eux. Rio semble ne pas avoir tout prévu, et pour cause, les conditions étaient peut-être pas top top pour organiser des Jeux, genre j’sais pas, raser les favelas, s’endetter comme pas deux, tout ça, ENFIN BREF C’EST PAS DE CA QUE JE VOULAIS VOUS PARLER. (On en reparlera surement mais faut que je me renseigne plus en détail sur la chose, c’est pas mon rayon les problèmes géopolitiques.)

Non moi je voulais discuter avec vous de la cérémonie d’ouverture. Elle a été estimée moins réussie que celle de Londres mais EN MÊME TEMPS faut remettre les choses dans son contexte, le budget était pas le même, les stars nationales ne sont pas les mêmes, etc. Franchement ? Moi j’ai trouvé ça joli, le passage avec les gens qui faisaient à moitié du parkour et tout c’était sty-lé. Mais voilà, je vous cache pas que les thèmes m’ont un peu questionnée.

Au programme, traversée de l’histoire du Brésil, en commençant par la colonisation par les portugais, puis l’urbanisation du pays, en terminant avec l’espoir avec un beau message écologique.

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Moi, emplie de sarcasme en constatant le programme.

Montrer l’histoire sous son plus beau jour :

Dans un style très similaire à celui des américains qui célèbrent chaque année Thanksgiving, cette magnifique fête traditionnelle en mémoire de la rencontre entre les américains natifs et les colons européens qui s’est passée dans la joie et dans la paix, même qu’ils ont partagé une dinde, tu vois ils sont potos NON ARRÊTEZ DE FAIRE CA BON SANG DE BOIS.

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Alors ouais, c’était très joli. Mais, et c’est là mon interprétation subjective, j’ai eu comme l’impression que la colonisation était dépeinte comme une simple rencontre entre deux peuples, deux cultures. La colonisation c’est de la violence, et que tu veuilles pas foutre de la violence dans une cérémonie des J.O.s je comprends, maaaaais du coup tu choisis autre chose. (Je répète, c’est un avis extrêmement subjectif.) Mais vous savez quoi ? Ca aurait pu être 10 000 fois pire, et ma réaction est plus dû à une lassitude profonde face aux « célébrations » de l’histoire d’un pays, quel qu’il soit, qui sont toujours très festives parce que OH faudrait pas gâcher l’ambiance. En vrai c’est resté relativement factuel, ils ont pas non plus fait genre que la colonisation était le truc le plus cool du monde et que les pères fondateurs étaient des dieux. Non, le scandale dans cette histoire, et ce n’est pas directement lié au système et/ou à l’organisation des J.O.s en soi, c’est les commentaires des présentateurs français. Surtout lui.

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Salut.

« Lui », c’est Daniel Bilalian. Un vieux de la vieille. Peut-être un peu trop. Maladresses ÉNORMES sur l’esclavage, erreurs factuelles, franchement, il a pas géré. Quand tu dis que les esclaves ont « rendu service » au Brésil BON. D’ailleurs sur Twitter les gens étaient un peu chafouin.e.s, et on les comprend. Le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) s’est même totalement insurgé dans un communiqué qui déclare vouloir saisir le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel). Ca s’appelle le racisme ordinaire, c’est ultra-présent dans les médias quels qu’ils soient et même si ça peut sembler n’être qu’anodin ou maladroit, c’est grave, surtout quand ce genre de propos est diffusé à une audience extrêmement importante.

 

Je parlerai pas de l’urbanisation du pays parce que pour le coup, j’y connais rien, j’imagine qu’il y a plein de points négatifs à soulever mais je préfère m’abstenir et pas raconter de grosses bêtises. Si quelqu’un s’y connait et souhaite m’éclairer sur le sujet, qu’iel n’hésite pas.

 

« Polluer c’est pas bien, nous on le fait mais EH on a nos raisons » :

(Ouais j’ai des petits soucis de rigueur pour les titres de mes parties, ça a toujours été une de mes faiblesses en dissert’.)

Honnêtement, sur le fond, je trouve ça très bien qu’un événement de cet ampleur veuille sensibiliser sur le sujet. Mon âme de hippie se dit « oh chouette plein de gens vont être touché.e.s c’est COOL ». Cependant, si je m’efforce d’être objective, c’est pas comme si c’était révolutionnaire (même si dans l’intention OK C’EST BIEN je répète) et surtout, la sensibilisation, notamment en matière d’écologie, ça fonctionne pas TROP TROP, on ne le sait que malheureusement trop bien, et ce depuis plusieurs années. Bref, on les remercie quand même d’avoir essayé.

Par contre, le malaise dans l’histoire, c’est que pour diffuser ce message anti-pollution, ils ont BEAUCOUP BEAUCOUP pollué. Alors c’est bien gentil, mais c’est comme si un mec arrivait avec une pancarte « Ne pas chier ici, svp. » tout en chiant partout. (J’aime les analogies scatophiles, my bad.)

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En effet, le Brésil est le 4ème pays le plus polluant au monde. En vue de se moderniser, de s’urbaniser, il dépense et il en crame de l’énergie fossile. C’est dans cette même dynamique que les brésilien.ne.s souhaitaient organiser des Jeux Olympiques. Mais du coup, niveau pollution, entre les travaux, les transports, les installations, et le tourisme que ça engendre, la pollution ça lui fait une belle jambe.

 

L’incompréhension face à l’organisation de ces jeux au Brésil se fait donc sentir, et pour cause. Cependant, (et je remercie mon ami Maxime de me l’avoir fait remarqué), il serait assez incohérent également de n’organiser les J.O. que dans les pays dit développés. La suprématie occidentale est déjà suffisamment appuyée pour n’organiser les événements mondiaux que dans ce secteur du monde.

Tout n’est donc ni tout blanc ni tout noir, vous en conviendrez. J’espère juste que ces Jeux n’enfonceront pas le Brésil et surtout ses habitants dans des méandres sans fond.

 


 

Désolée d’avoir tardé à sortir ce premier article, j’ai assez peu de temps pour être aussi productive que je le voudrais, et cet article est bien moins précis/documenté que je l’imaginais à l’origine. N’hésitez pas à me partager vos réactions et/ou à me corriger si besoin.

A très vite pour un nouvel article ! (Si vous avez un sujet polémique que vous aimeriez voir abordé, go ahead. J’ai bien envie de parler du scandale russe, mais aussi des inégalités au sein des Jeux, j’essaierai de vous faire ça. #teasing)

La bise.

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Louwizz.

Que les dystolympiques commencent.

Demain, vendredi 05 août 2016, débute la 31ème édition des Jeux Olympiques d’été à Rio de Janeiro.

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Les Jeux Olympiques, cet événement fédérateur ayant lieu tous les quatre ans et célébrant les valeurs du sport, les athlètes des quatre coins de la Terre, l’égalité des chances et l’union des nations autour d’une seule passion.

Vraiment ?

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Non parce que c’est très beau tout ça, c’est des trucs que j’aime beaucoup aussi, mais permettez-moi d’émettre l’ombre d’un minime doute.

Sexisme plus ou moins caché, machine économique et capitaliste monstrueuse, dopage, corruption, le tableau n’est pas rayonnant.

C’est pourquoi j’ai décidé d’écrire sur le sujet au long des deux semaines qui arrivent. Honnêtement, j’espère ne pas avoir trop de matière sur laquelle rédiger. Si vous souhaitez me venir en aide, surtout, n’hésitez pas. En effet je n’ai aucune idée de la mesure dans laquelle je vais être capable de produire un contenu de qualité, ni à quelle fréquence (beh oui les gars, j’ai un job d’été hein et une chaîne Youtube à gérer).

Voici déjà une vidéo très très intéressante réalisée par l’équipe de Data Gueule (une mine d’or à mon humble avis) sur la question :

 

Parallèlement, je commenterai au maximum de manière plus amusante et légère les épreuves que je pourrai regarder, via snapchat ! Ajoutez-moi : lou-wizz.

 

DES BISOUS, et à très vite, du coup. ♥

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La journée de l’infâme.

C’est sur ce jeu de mots que vous avez peut-être déjà croisé au cours de la journée (si je l’ai trouvé aussi vite c’est que quelqu’un a bien dû l’avoir déjà fait) que j’entame mon propos. J’avais prévenu, en cette soirée du 8 mars 2016, j’ai quelques trucs à dire, et je suis pas hyper jouasse. Le ton est donné.

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NB : Ceci est un résumé de toutes les critiques que j’ai pu voir passer et avec lesquelles je suis d’accord. Mon développement peut parfois sembler raccourci, mais de nombreux points sont à aborder et je n’ai pas pour but d’écrire un mémoire sur la chose, simplement de sensibiliser le plus grand nombre aux problématiques soulevées en ce jour. Notez également que je me concentre sur le traitement français de cette journée.


Aujourd’hui, et depuis 1982 « officiellement » en France, c’est la journée internationale des droits des femmes (ou journée internationale de lutte des droits des femmes). Et aujourd’hui, comme depuis des années, c’est un prétexte pour un maximum de bullshit sur les internets, à la télé, dans les médias en général, mais aussi au boulot, à l’école, dans la rue.

Sortez vos stylos, vos bloc-notes et vos effaceurs à idées préconçues, et on y va :

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« La journée de la femme » :

La première chose à souligner, c’est la dénomination utilisée pour cette journée. « La journée de la femme » en français. Cette appellation pose deux problèmes :

  • L’absence du mot « droit » : problème également posé par l’appellation anglaise « International Women’s day » et j’imagine partout puisque ce raccourci très convenant permet premièrement une formulation plus courte, mais surtout de décentrer un poil le fond du problème. Pourtant, l’existence de cette journée se justifie uniquement par ce mot : droit(s). Ici, un point historique qui résume bien l’origine du 8 mars (clique !). Sans ce mot, cette journée n’est plus une revendication, mais une célébration. Et c’est bien gentil de vouloir célébrer les femmes, mais le fond, les racines de cette journée, c’est de prôner les valeurs militantes, de montrer que les femmes ne sont pas une catégorie sociologique à part et/ou en-deçà, de donner de l’espoir quant à notre avenir, de valoriser la diversité et les qualités de chacune (souvent rabaissées ou stigmatisées), mais surtout d’encourager la poursuite de la lutte pour nos droits et pour l’égalité.
  • Parler de « la femme » : Si vous êtes familier.ère.s avec le cercle féministe militant sur internet, vous avez déjà peut-être vu cette orthographe volontairement fausse du mot « la fâme ». C’est un moyen de désigner de manière critique la figure dite « féminine » qu’on nous sort à toutes les sauces, prétendant que « la fâme est comme ci », « la fâme ressemble à ça », « la fâme agit ainsi » si je caricature (à peine). Ce que nous cherchons précisément à contrer, jour après jour, et que nous devrions critiquer avec d’autant plus de visibilité en ce jour. Alors parler de la journée de la femme, c’est généralisant, monolithique, stigmatisant et pour être honnête : fatigant. Et ça ne coûte même pas un mot de plus mais simplement de passer un article défini singulier en article indéfini pluriel (« la » en « les » (« de les » donnant « des »), pour ceuxlles que la grammaire irrite) pour suggérer un peu de diversité.

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Stigmatisant, généralisant… Attendez, ça me rappelle un truc. Mais oui mais c’est bien sûr ! C’est ainsi que je pourrai qualifier tout ce que je vois passer sur les réseaux sociaux depuis 8h30 (non pas que ça n’aie pas commencé avant, j’étais juste pas levée #désopasdéso). Ce qui m’amène à mon second point :

Le cortège de sexisme ordinaire :

Ma partie préférée.

  • Stigmatisation en masse : C’est aujourd’hui que les pages « nou-lé-fill » et « truk-2-mek » se déchaînent. Clichés, humour vaseux, citations prises hors de leur contexte, les réseaux sociaux se remplissent de publications plus hallucinantes les unes que les autres, sous couvert d’humour. Ça pourrait ne pas être grave, ça pourrait être simplement un super moyen pour moi de faire du tri dans mes contacts, mais voilà, le problème, c’est que ces publications ont du succès. Un très grand succès. Un succès effrayant, parce que les gens qui likent ça au choix : trouvent ça drôle et c’est inquiétant quant à l’avancée de la vision binaire face au genre, ou pire, y croient, et c’est malheureusement  une majorité des cas. Les gens se retrouvent dans les clichés, et comment leur jeter la pierre ? Nous sommes moulés par un conditionnement constant depuis notre plus jeune âge, conditionnement qui nous attribue des rôles, des attitudes, des apparences et pire, des sentiments. Quel bonheur ce serait aujourd’hui, de pouvoir contrer ce conditionnement, d’ouvrir des possibilités autres que celles qu’on nous présente comme les seules et uniques.
  • L’armée des Jean-Marie : (Avec ce prénom, d’une pierre deux coups : non seulement c’est celui de l’humoriste français le moins subtil et le plus beauf, mais c’est aussi celui de l’ex président d’un parti bien connu pour défendre les droits des femmes.) Cette journée est l’aubaine de tous les amoureux des blagues sur la cuisine, le repassage, le sport et les enfants. Alors, je sais, je sais, « C’EST DE L’HUMOUR ROOOH » et « DE TOUTE FAÇON ON PEUT PLUS RIRE DE RIEN » avec moi. Je n’ai rien contre l’humour. Ceuxlles qui me connaissent le savent, je passe le plus clair de mon temps à me gausser comme un âne. Sauf que. Au bout de la 15687ème fois, une blague n’est plus drôle. Ce n’êtes pas original, ce n’est pas un éclair de génie comique, ce n’est pas drôles. C’est d’autant moins drôles que ces blagues, même les premières fois, sont franchement limites. Parce qu’elles sont encore prises au sérieux par beaucoup et qu’elles font état de situations oppressantes RÉELLES qui BRIDENT les femmes dans des cases. En faisant ces blagues, on perpétue des images, des idées reçues, des conceptions pré-faites, et croyez-moi, ça ne nous aide pas. Pas du tout.

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Et ça, notre cher capitalisme l’a bien compris. Il a bien compris que nous avions beau vivre dans des sociétés dites « modernes », les occidentauxles étaient encore bien attaché.e.s à leurs perceptions genrées du monde. Une occasion toute trouvée pour vendre, ce qui fera l’objet de mon troisième point :

L’art de la commercialisation et des coups marketings :

(NB : Je ne citerai aucun exemple ici, déjà parce que je suis à peu près sûre que des tonnes de choses vous viennent d’ores et déjà à l’esprit, mais surtout parce que je refuse de faire de la pub à qui que ce soit et d’encourager indirectement ce genre d’aberrations.)

Je vous prendrai -90% sur le patriarcat et l’égalité offerte par le magasin s’il vous plaît. Comment ça, vous n’avez pas ça en stock ?

  • Acteurices de la consommation : La fâme est donc bien connue pour ses envies d’achat compulsives, pour sa passion effrénée pour les produits ménagers et pour son envie de se faire offrir des fleurs. Ca vous paraît caricaturé ? Je comprends. Mais vous savez très bien que c’est exactement ce que reflètent les promotions proposées en ce jour. Et vous savez quoi ? Ces offres marchent. Pour plein de raisons autres que « les gens sont bêtes ». Les gens ne sont pas bêtes. Les gens vivent avec un budget, et quand l’occasion leur est donnée d’optimiser ce budget, ils la saisissent. Les gens sont pétris de bonnes intentions, et on leur dit « si vous aimez les femmes de votre vie, offrez-leurs des fleurs », et les gens aiment leurs femmes et sont pétris de bonnes intentions, et très probablement que leurs femmes seront contentes de recevoir des fleurs, alors ils achètent des fleurs. Les gens sont convaincus que cette journée est faite pour faire plaisir aux femmes. Comment leur en vouloir, c’est ainsi que ça nous est présenté.
  • Un phénomène bien connu : Alors, les commerciaux continuent de proposer ces offres qui marchent. Je vous entends déjà dire que ça n’arrive pas que pour ça, suffit de regarder la St-Valentin. Et je suis d’accord, on sait tous.tes comment ça fonctionne. Mais je considère qu’occulter totalement la revendication, la lutte, les valeurs qu’il y a derrière une journée avec une commercialisation est d’autant plus grave que la récupération d’une fête laïque sans dimension  militante ou combattante.

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Voilà les principaux points que j’avais à soulever. J’aurais aussi pu parler de cette tendance à nous rappeler à QUEL POINT nous sommes CHANCEUSES d’être des femmes, les nombreux « je ne suis pas sexiste, j’aime les femmes » (aussi pertinent que « je ne suis pas raciste, j’ai un ami noir »), j’en passe et des meilleures.

QUE FAIRE ALORS ?

Je n’avais pas envie de cracher mon venin en vous laissant en plan.

Le féminisme militant souffre de nombreux maux pendant cette journée où il devrait être mis en valeur et rendu plus accessible à des personnes peu éduquées en la matière. Au lieu de ça, nous passons notre journée à tweeter « *des droits des » à tout va.

On me dit souvent « Tu penses que cette journée ça devrait être tous les jours ? » Mais en fait, c’est déjà le cas. Me battre pour les droits des femmes, remettre en cause les stéréotypes de genre, déconstruire mes propres idées reçues, m’intéresser aux conditions des femmes qui ne me ressemblent pas : noires, transgenre, musulmanes, asiatiques, non-occidentales, essayer de faire bouger les choses à mon échelle autant que faire se peut et à plus grande dès que l’occasion m’en est donnée, C’EST MON QUOTIDIEN.

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Je ne suis bien sûre pas contre une journée spécifique en l’honneur de l’histoire féministe et pour valoriser les revendications pour les droits des femmes, seulement il faudrait que cette journée concerne vraiment ces sujets. Faire des ateliers dans les lycées, organiser des débats, diffuser des documentaires, tout ça pendant une journée entière. (Je devais moi-même animer un atelier autour d’un porteur de paroles aujourd’hui, activité qui a malheureusement été annulée, mais preuve que ce genre de choses s’organisent, et qu’il faut mettre l’accent dessus !) Et il faudrait que les médias, les réseaux sociaux, VOUS, se concentrent là-dessus.

Je ne demande pas une journée internationale des droits des femmes au quotidien. Je demande simplement l’égalité, le respect, une remise en question, des droits fondamentaux, un libre arbitre et des opportunités dans la vie. Ca oui, au quotidien je le réclame, pire, je l’exige, et je l’exigerai jusqu’au bout.

Et s’il y a une journée où j’ai une infime chance de me faire entendre un peu plus que les autres, j’aimerais autant qu’elle ne soit pas souillée par un décentrement abject.

Louwizz


Merci d’avoir lu jusqu’au bout !

Voici quelques liens si vous voulez vous renseignez sur les épopées du jour :

Vous pouvez me retrouvez :

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Bisous.